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27/08/2010

Parashat Ki-Tavo

Parashat Ki-Tavo
Le mérite des prémices

"Lorsque tu viendras sur la Terre que D' te donne en héritage, tu la conquerras et l'occuperas (y habiteras). Et tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre (adama) que tu amèneras de ta terre (artzeh'a) que l'Eternel ton D' t'a donné..." (Dvarim 26:1).

Nos Sages nous enseignent (Sifrei, 156, 14 ֵ[psikta 297]) "accomplis ce commandement ( = celui des prémices - bikourim) car par son mérite tu rentres en Israël".

Le H'atam Sofer pose la question, au nom de son maître, le Hafla'a : comment est-ce possible d'accomplir le commandement avant d'avoir conquis la Terre, puisqu'il est bien dit que par le mérite des bikourim (prémices) on rentre en Terre Sainte ?

Il répond ("Torat Moshé", Mahadura Kama, Dvarim, p. 44) :

"Malgré que nos ancêtres sont allés "de peuple en peuple et d'un royaume à l'autre" (Psaumes 105, 13), à chaque endroit de leur déplacement leur cœur, leurs yeux et leur pensée étaient toujours portés vers la Terre promise que D' leur a donné. Ainsi, les tribus ont-elles dit à Pharaon "nous sommes venus résider [temporairement] (lagour) en ton territoire" (Bereshit 47:4) et non pas y habiter [de manière fixe] (lehityashev). Car en chaque instant nous pensons à notre Terre. Et tant qu'ils y pensaient Pharaon et ses décrets ne les touchaient pas. […] De la même manière, dans le passage des bikourim, il est écrit "il descendit en Egypte et ils y résidèrent (vayagor) en petit nombre" - y résidèrent (garou) comme des étrangers (gerim) et n'ont pas abandonné leur patrie. […] Chaque endroit où vous allez, toutes vos pensées seront liées "à la Terre" [= d'Israël] […] par conséquent on dit "nous Te remercions pour ce que tu as donné à nos ancêtres" - il s'agit du don d'une Terre désirée à nos ancêtre descendus en Egypte à chaque endroit de leur exil. Et par leur mérite, Tu nous as sorti d'Egypte. Ainsi, nous comprenons le verset : "Lorsque tu viendras sur la Terre que D' te donne en héritage" - qu'elle soit déjà avant ta venue, ton héritage, quelque soit l'endroit où tu te trouves, penses-y. Alors, méritant, "tu la conquerras et l'occuperas". De cette manière, tu comprends le propos de nos Sages (Sifrei, ibid.)"

Le H'atam Sofer comprend donc qu'il s'agit d'un acte de pensée. Le commandement d'amener les prémices de la terre est très important puisque le monde a été créé pour cela (cf. Bereshit Rabba, 1), mais plus important encore (et c'est peut-être comme ça qu'il faut comprendre ce midrash, cf. "Binyan Av", Sih'ot ouMaamarim, t. II, siman 40, p. 259 et suiv.) est l'idée du commandement : remercier D', reconnaître Sa Bonté. Ce remerciement, cette idée c'est celle de remercier pour la Terre qu'Il nous a octroyé, donné.
[Le Rav Yona Imanuel (Hama'ayan, 5743) disait au nom du rav Shraga Feibel Frank qu'on accomplit cela aussi par la récitation du Birkat HaMazon [= les actions de grâces après le repas], lorsque l'on dit "une Terre désirée, bonne et large, Tu as donné à nos ancêtres" (ce h'idoush est basé sur le midrash Shir HaShirim Rabba, 5), nous remercions D' pour la Terre Sainte autant que pour la nourriture, à tel point que si l'on ne dit pas ce passage cité précédemment, l'on n'est pas quitte du Birkat HaMazon et il faut le refaire (cf. Rambam, Lois des Bénédictions, chap. 2, loi 3, cf. également les notes du Rav Kapah', ibid. pour les preuves du T.B. Brakhot 48b, cf. encore Maharal, Netivot Olam, Avoda, chap. 18, p. 140-141).
Le Rav Shlomo Zalman Auerbach explique qu'il s'agit de lire ces mots avec intention, car sinon, c'est comme s'il ne les avait pas dit ("Minh'at Shlomo", t. I, siman 2). Il paraît que lui-même répétait ces mots lors de la récitation du Birkat HaMazon.]
Ainsi, quiconque se remémore la Terre promise, peut importe où il se trouve, y a droit. C'est le mérite dont nos Sages parlaient.

Le Rav Shaoul Israëli (Siah' Shaoul, p. 531) pose la même question, mais y répond différemment.
Il explique que le concept "d'entrée en Israël" n'est pas un concept géographique uniquement - il est des gens, dit-il, qui passent physiquement leur vie en Israël, alors que leur âme n'y est pas.
"Entrer en Israël signifie reconnaître le principe spirituel et admettre le rôle spirituel de cette Terre, à la différence des autres pays du monde et de leur population expliquant de facto la différence du Peuple qui doit y résider, par rapport aux autres peuples. Par conséquent et à cause de cela, l'évolution de l'occupation de la Terre est complètement différente des autres pays et elle doit l'être. En effet, seulement lorsque ces deux éléments "tu la conquerras et tu l'occuperas" s'accomplissent, qu'il devient nécessaire de lier la somme des événements qui nous ont amené jusqu'ici, percevoir la non-naturalité de toute l'histoire juive et par conséquent que l'Etat qui doit se créer ici ne peut pas être tel les autres pays. Alors et seulement alors, tu rentres en Israël…"

Le Rav Israëli zatsal, à la différence de H'atam Sofer, ne comprend pas cet enseignement comme une voie spirituelle nous liant à D', nous délivrant. Il voit plutôt le côté pratique - entrer en Terre d'Israël, c'est créer un état différent des autres états du monde, modèle de morale, de bienfaisance et d'accomplissement de la Volonté Divine - il s'agit moins de conquérir la Terre physiquement que spirituellement, dans l'acceptation d'un pareil état, lumière pour les Peuples. Quiconque accomplit le commandement des prémices, élève les fruits de la terre, alors qu'elle est déjà occupée, à un niveau spirituel, à un niveau Divin, mérite d'entrer en Israël spirituellement, de lier son histoire à celle de millions de Juifs à travers les générations qui ont tout sacrifié et donné à ce but, pour la Terre d'Israël.

Puissions-nous voir ce jour rapidement et à nouveau amener nos prémices au Temple à Jérusalem, Amen.

Shabat shalom.
Shmouel Elikan


Dédié à la guérison de Avraham H'ayim ben Sarah, Menah'em ben Huguette ainsi qu'à tous les malades de notre Peuple, d'autant qu'à la mémoire bénie du Rav Yehouda Amital, du Grand-Rabbin d'Israël, le Rav Mordekhai Tzemach ben Mazal, à Simone bat Zoé, à H'aya Routh bat Miriam veH'ayim, à Yirmiahou H'ayim ben Miriam, et à tous ceux qui sont tombés pour la gloire d'Israël, tous nos soldats. Soit leur mémoire bénie !

Parashat Ki-Tetze

Sidra Ki Tetze

La Sih’a du Rav Chaim Sabato

Notre sidra énumère un nombre très grand de commandements et contient beaucoup d’intéressants éléments, toutefois, nous allons nous concentrer uniquement sur deux aspects de celle-ci : « Quand tu sortiras en guerre contre ton ennemi… » [1] et le passage du « fils rebelle » [2].

La sortie en guerre
Le Talmud (dans le traité de Sota) nous apprend que tous les « fauteurs » présents dans le peuple ne sortaient pas en guerre, même ceux qui parlaient entre la mise des tfilin (phylactères) du bras et ceux de la tête [3].
N’est-ce pas extraordinaire ?
L’armée du peuple d’Israël n’est ni barbare, ni monstrueuse, ni répugnante, elle est faite de gens pieux, moraux, des tzadikim !
Ainsi, nous voyons que la suite de la paracha évoquant la volonté de se lier avec une captive étrangère ne provient guère d’un “manque d’éducation“ ou d’éthique, d’un homme occupé à écouter son mauvais penchant, assouvissant tous ses désirs.
C’est ainsi que commente le « Or HaH’ayim » le verset citant la crainte du cœur (v’yareh’a levav) : il s’agit, dit-il, de la crainte qu’un homme a de son penchant.
Il nous apprend ici un très grand principe : la force de l’homme est grande et elle peut l’emmener, le pousser, le diriger, même s’il est le plus grand des sages, le plus pieux des héros, à des endroits non raisonnables. Par là-même, nous constatons que les forces de l’homme sont limitées. La Torah, en réponse à cela, nous propose un “système“, un paradigme, un environnement, pour arranger cela, pour accompagner les désirs, pour mieux s’en méfier. C’est ainsi que le Rav Avraham Itzh’ak HaCohen Kook enseigne – selon un passage du Talmud - qu’il est interdit, selon ce principe, de compter sur les forces de l’homme uniquement.

Le fils rebelle
La guemara (Sanhédrin 98b) juge de la véridité factuelle du fils rebelle et enseigne que selon l’avis « qu’il n’a jamais existé et n’a jamais été créé », notre passage dans la parasha est justifiée par son étude – « étudies la et sois récompensé ». Nous devons donc comprendre de quoi il s’agit, l’étudier en tous cas.
La Torah décrit le fils rebelle par cinq attributs :
Sorrère – il va dans une autre voie, il sort du droit chemin.
Moréh – « il désobéit aux propos de son père » (Rashi), à plus forte raison de ses maîtres.
Eineno shomea bekol aviv ve’imo – il n’écoute pas les paroles de ses parents
Zollel – assouvit tous ses désirs corporels.
VéSovéh – se soûle.

Un homme en quête de soi-même, surtout à l’adolescence, puisqu’il s’agit ici bien de cela, est une chose qui n’est pas tellement étonnante, voire extraordinaire. Est-ce surprenant qu’un adolescent n’écoute pas la voix de ses parents ?
On peut répondre que dans le cas du fils rebelle, la situation est bien plus grave, puisque ça n’est plus seulement une simple crise d’adolescence, mais une véritable et puissante rébellion : il va assouvir tous ses désirs et se soûler, ça n’est plus du tout « naturel » et c’est interdit.

Le “Or Sameah’“ (Rav Meir Simh’a HaCohen de Dvinsk - dans son livre sur la Torah « Mesheh’ H’oh’mah ») explique l’état idéal évitant une telle situation : laisser à l’individu la place de se développer afin de qu’il puisse se confronter à de nouveaux événements et user de ses forces de manière positive, par des voies qui ne sont guère prohibées.

Même si l’homme faute, il y a toujours un espoir qu’il se répentisse (fasse techouva), mais lorsqu’on lie cette folie qu’est l’accomplissement de tous ses désirs et sortir de son état naturel pour se soûler quotidiennement, il n’y a plus d’espoir de pouvoir échapper, se sortir de sa rébellion, c’est ainsi que nous enseigne le Sforno.

Et pourquoi la guemara dit « étudies et sois récompensé » ? Pour nous enseigner le danger de la liaison entre les deux éléments (sorrère oumoreh et zollel vesovéh – rebellion et assouvissement des désirs).

Conclusion
De ces deux épisodes extrêmes, on voit combien les forces de l’hommes sont limitées et le danger qu’il y a en elles. Et voici que la Torah nous enseigne de ne pas y céder, d’user de nos forces de manière positive et constructive. Même le Sage et pieux pense qu’il est assez fort et finalement tombe, cède à ses désirs, veut les assouvir, ici de manière licite toutefois, mais qui nous assure qu’il en sera toujours ainsi, alors à plus forte raison quand ça ne l’est pas ! Il en est de même du fils rebelle, ses forces sont mal utilisées, dans une mauvaise direction. Il arrive à la mesure de l’épicurien – tant dans le sens de apikoros – renégat, qu’au sens commun du terme où il cherche à profiter de chaque morceau de viande et à se soûler autant que possible (cf. Ibn Ezra, ibid.), où il n’y a plus de retour possible.
Le message est clair, on parle d’extrêmes, mais c’est là la force de l’homme et il doit la diriger, la controler. Message moral de grande importance.

Puissions-nous tous utiliser nos forces pour améliorer le monde de manière attentive et juste nous amenant au bon endroit.

Shabat shalom.

[Traduit, adapté et annoté par S. Elikan]


[1] Dvarim 21:10

[2] Dvarim 21:18 – 21:21

[3] Il existe une discussion entre Rashi [sur T.B. Menah’ot 36a s.v. lo sah’] et Rabbeinou Tam [ibid. s.v. lo]. Le premier affirme qu’il n’y a qu’une seule bénédiction sur les deux tfilin (celle de la main et celle de la tête)– cela se comprend du talmud (ibid.) enseignant que quiconque parle entre les tfilin de la main et de la tête, doit en dire deux, et donc si on ne parle pas, on n’en dit qu’une seule. C’est également l’opinion du Rif (Rabbi Yehouda Alfassi, 8a dans ses pages), du Rambam (lois des tfillin, ch. 4, loi 5), ainsi que du Rashba (resp. t.I, 156 et 809). Le second, affirme qu’il faut dire deux bénédictions puisque ce sont deux lois différentes et la preuve du T.B Brah’ot (60b), du Yeroushalmi (chap. 9, loi 3) ainsi que du Midrash Tanh’ouma (fin de la parashat Bo, 14). C’est également l’opinion du Rosh et du Tour [quant à la compréhension de Rabbeinou Tam du passage précédemment expliqué par Rashi, cf. Arouh’ HaShoulh’an, O.H. Tefilin, 28, 10].

06/08/2010

parashat Reeh

Un regard, des regards

Dans notre parasha sont traités plusieurs sujets:

- «Vois», dit Moché au peuple, « je présente devant vous aujourd’hui la bénédiction et la malédiction » : la bénédiction résultera de l’accomplissement des commandements et son contraire de leur abandon. L’une et l’autre sont proclamés sur le Mont Grizim et sur le Mont Eval après que le peuple ait traversé le Jourdain.
- On nous dit que le Temple devra être établi «au lieu que D.ieu choisira pour y faire demeurer Son nom». Le peuple y apportera ses sacrifices ; nulle part ailleurs on ne pourra faire d’offrandes à D.ieu . Il reste permis d’abattre, en dehors de ce lieu, des animaux, simplement pour en manger la viande. Le sang, cependant, (qui est versé sur l’autel dans le Temple) ne doit jamais être consommé.
- Puis l'épisode du faux prophète ou quiconque entraîne son prochain à servir les idoles devant être condamné à mort; une cité idolâtre devant être détruite. Les signes qui permettent d’identifier les poissons et les animaux cachères, ainsi que la liste des oiseaux non cachères sont répétés. (Il avaient d’abord été mentionnés au chapitre 11 de Vaykra, dans parashat Shemini.)
- On nous enseigne encore qu'un dixième de toutes les productions devra être consommé à Jérusalem ou bien être vendu pour de l’argent, lequel servira à acheter des nourritures là-bas et à les y manger. Certaines années, cette dîme est donnée aux pauvres. Les premiers nés du gros et menu bétail doivent être offerts dans le Temple et leur chair est consommée par le Cohen.
- La Mitsva de charité oblige un Juif à aider son prochain nécessiteux par un don ou un prêt. L’année sabbatique (qui intervient tous les sept ans), toutes les dettes doivent être abandonnées (shmitat ksafim).
- La Paracha conclut avec les lois des trois fêtes de pèlerinage, Pessa’h, Chavouot et Souccot, durant lesquelles chacun doit venir « voir et être vu » devant D. au Beth-Hamikdach et l'obligation de se réjouir à celles-ci.

Une longue parasha pleines de sujets intéressants et de nombreux commandements (17 positifs et 38 négatifs, selon le Sefer Hah'inouh' et encore plus selon le Ramban!).

Alors, la question qui se pose : quel lien y a-t- il entre le fait que Moché place devant Israël la bénédiction et la malédiction, selon leur obéissance ou non aux lois de Dieu. et le fait qu'il leur explique que le culte sacrificiel sera établi dans un ieu à déterminer, et exhorte le peuple à ne pas écouter ceux qui voudraient les inciter à l'idolâtrie et qu'en tant que fils de Dieu, ils doivent se différencier des peuples idolâtres environnant, notamment par leur alimentation et qu'ils doivent prélever la dîme sur la récolte, aider les pauvres, libérer les esclaves et enfin, accomplir les fêtes de pèlerinage ?

De prime abord, il semblerait que le lien soit plutôt d'ordre social. Notre société, si elle veut la bénédiction, tant pour les individus qu'en tant que groupe doit reposer sur la foi en un D'. Unique, depuis notre vie spirituelle jusqu'à notre vie la plus matérielle, comme la nourriture, tout doit être sanctifié, prélevé, y compris la Terre, pour bien souligner notre dépendance et le fait que notre ordre social ne soit pas un simple accord tacite de type "contrat social", mais bien un ordre Divin imposé [cf. H'izkouni et Bekhor Shor, Dvarim 11:26]. Notre lien à autrui, à D' et à la Terre, puis à nous-mêmes est Divinement régi. Ce principe est vrai, mais nous aimerions essayer de l'approfondir quelque peu selon deux compréhensions possibles d'un commentaire au début de la parasha.

Il s'agit bien évidemment des propos du Sforno qui affirme :
"Regarde et vois que ton affaire (inyaneh'a) ne soit pas de manière moyenne (beinoni) tel qu'il est d'usage chez les autres peuples, car il est vrai que Je vous donne la bénédiction et la malédiction et elles sont deux extrémités, etc."


Ce commentaire semble bien intriguant. Que veut-il dire par là?
Le Rav Avraham Elkana Shapira zatsal [ancien rosh yeshiva de Merkaz HaRav ; Alon Kommemiut, Av 2006] propose l'explication suivante. Le Sforno nous enseigne ici un principe de base important. On ne peut pas vivre "moyens", à moitié ici et à moitié là, mais il faut tendre à la plénitude, selon le Sifrei [ibid.] qui lie notre verset au libre-arbitre annoncé dans parashat Nitzavim "et tu choisiras la vie" (ouvah'arta bah'ayim), il ne s'agit pas uniquement de choisir le bien, le juste, la bénédiction, mais de le choisir pleinement pour arriver à une vie pleine et intègre.
Ce même principe se retrouve dans la Guemara à propos du Jour de Jugement (Rosh HaShana) approchant à grands pas - "les moyens" sont suspendus jusqu'à Yom Kippour, s'ils sont méritants, ils sont inscrits à la vie. On explique que durant les dix jours de Pénitence, l'homme peut changer son destin en ajoutant des mitzvot et des bonnes actions.
Le Ritva dans son commentaire sur la Guemara s'étonne : pourtant selon Beit Hillel, celui qui est à moitié méritant et à moitié coupable, D' Lui-même fait pencher la balance en sa faveur par Sa Générosité, il n'y a pas besoin, alors d'ajouter des mitzvot et des bonnes actions durant les dix jours de Pénitence, puisqu'il est déjà assuré à Yom Kippour de mériter une bonne année.
Il répond qu'en réalité D' Veut que l'homme tranche son propre sort et destin par ses actes et justifications, que l'homme lui-même agisse et choisisse la vie et ne reste pas "moyen".

Ajoutons encore une pierre à l'édifice, plus lévinassienne peut-être, mais qui serait également envisageable pour comprendre les propos du Sforno.
Le terme Brah'a - bénédiction, dont la racine est BRH', s'écrit en hébreu avec un Beth qui vaut 2, un Reish - 200 et un Kaf - 20. Tous marquent la dualité, le dépassement de soi-même.
Ainsi, Rabbeinou Bah'ya [sur Dvarim 8:10, cf. encore Maharal, Beer HaGula, 4, vers la fin ; H. Infeld, Torat HaGra VeMishnat Hah'assidout, p.33-38] explique que selon la Kabala "Brah'a" signifie "ajout et pluralité".

Quiconque est capable de se dépasser, de se surpasser, de ne pas rester figé dans sa vision du monde, de voir à partir de moi, mais bel et bien de regarder depuis le côté, d'où le terme "reeh", regarde, ne peut plus rester "moyen". Être moyen c'est vivre selon les lois de la nature tout en s'imposant une certaine morale, c'est vivre un vide, oublier de se lier à quelque chose de transcendant. On peut être Juifs, peuple éternel, spirituels, etc. et vivre comme des animaux, cela n'empêche pas. Le choix est justement la quête de la transcendance, se lier à quelque chose de plus grand que moi, qui me sorte de moi-même. C'est D'. Seule transcendance également immanente, éternellement vraie, puisque Vérité en-soi. La Torah et les mitzvot sont la Voie qu'Il nous a donné pour se lier à Lui, quel cadeau ! Pour cela, Son Saint Nom doit reposer partout, dans chaque élément de notre vie, même sociale. Seulement ainsi on pourra en arriver à la plénitude, à la shlémout, à la vie.

Halevay Aleinou,
Shabat Shalom



Quelques perles…

"Regarde, Je place aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction » (Dvarim 11:26)
De nombreux commentateurs font remarquer que ce verset commence au singulier («regarde») pour passer ensuite au pluriel («devant vous»).
Rav Yossef de Sloutsk rappelle l’enseignement de la Guemara (Qiddouchin 40b) :
«Heureux est celui qui accomplit ne serait-ce qu’une seule mitsva, car il fait pencher la balance de la justice non seulement en sa faveur, mais pour le bien du monde en général!»
Nous pouvons en déduire que le monde est jugé selon les actions accomplies par la majorité des hommes. S’ils se comportent dûment, il sera sauvé malgré l’inconduite des pécheurs. Chaque individu peut modifier le résultat, car il suffit d’une seule mitsva pour infléchir les plateaux de la balance. Telle est l’idée soulignée par notre verset, qui avertit l’homme – au singulier – que ses actions exercent une influence sur la société en général – celle décrite au pluriel. Quand il accomplit des mitsvot, l’individu suscite une bénédiction divine, tandis que lorsqu’il pèche, il attire des malédictions sur le monde entier.

Ce verset nous apprend, explique Rav Moché Feinstein, que l’octroi de récompenses dans le monde matériel dépend de l’état spirituel de la génération. Il arrive que quelqu’un mérite une rétribution mais qu’il ne la reçoive pas ici-bas à cause de l’indignité de ses contemporains.
Voilà pourquoi la Tora dit à l’homme : « regarde » – au singulier – que les bénédictions et malédictions attribuées par Hachem sont « devant vous » – au pluriel ; elles dépendent de la situation de la société dans sa globalité.

Le Rabbi de Kotzk expliquait encore : le fait que D' ait "placé devant" nous est accepté par les Juifs, c'est donc au pluriel, alors que pour ce qui est de la définition de la bénédiction et de la malédiction, chacun le voit différemment de ses propres yeux, donc au singulier.
(Maayana Shel Torah, Reeh)

"La bénédiction et la malédiction" (ibid.)
Moché ne dit pas ici qu’il place devant le peuple « le bien et le mal », fait remarquer le Gaon de Vilna, car il arrive que les méchants soient comblés tandis que les justes souffrent. Hachem choisit parfois de récompenser les impies dans ce monde-ci pour les quelques bonnes actions qu’ils ont réalisées, tandis qu’Il fait souffrir les justes pour leurs rares péchés afin de ne pas amoindrir leur récompense dans le Monde à venir.
L’homme qui s’est rendu digne de la bénédiction divine peut être certain qu’elle arrivera, même si ce n’est pas immédiatement. L’infortune présente n’est que transitoire, et la récompense qu’il mérite sera acquise quoi qu’il arrive. C’est ainsi que la berakha de Ya‘aqov assurant son petit-fils Efrayim qu’il «se multiplierait abondamment» (Beréchith 48, 16) ne s’est pas aussitôt réalisée.
Telle est la raison pour laquelle notre verset parle de « bénédiction et malédiction », et non de « bien et mal ».

"Regarde, Je nothén (littéralement: «donne») aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction" (ibid.)
La Tora s’exprime ici au présent – nothén –, fait remarquer le Gaon de Vilna, et non au passé – nathati. Gardons-nous de penser que le choix de la « bonne voie » nous « fige » dans cette attitude positive, ni que le choix du mal ne laisse aucune possibilité de changement. La Tora nous apprend ici que la possibilité d’opter pour le bien ou pour le mal se maintient en permanence devant nous, jusqu’à notre dernier souffle. Elle « t’est » donnée constamment ; elle ne t’a pas « été donnée ».
Il ne faut en aucun cas se dire : « Jamais je n’arriverai à réparer tout le mal que j’ai perpétré ! », ou : « Je n’obtiendrai jamais le pardon pour les innombrables péchés que j’ai commis ! » Le choix de faire le bien nous est donné présentement, « aujourd’hui », à tout moment de notre vie. Celui qui se repent est considéré comme un nouveau-né, pourvu qu’il soit sincère dans sa contrition, et qu’il se dirige réellement dans la bonne voie.
Ne doutons jamais non plus de notre faculté de résister aux séductions de notre penchant au mal. Soyons au contraire bien conscient du fait que notre aptitude à accomplir le bien nous est procurée par Hachem, qui sera avec nous, comme Il nous le dit Lui-même – « Je donne aujourd’hui… » N’ayons donc aucune crainte ! Nos Sages nous enseignent en effet (Soucca 52a) que le mauvais penchant nous domine constamment et que si Hachem ne nous assistait pas, nous serions vaincus !
Ne nous laissons pas davantage aller au désespoir en pensant qu’Il accordera Ses bénédictions uniquement s’il y a de nombreux hommes vertueux ici-bas, et donc qu’il ne sert à rien d’être le seul tzadik (juste) dans un environnement dépravé… La Tora emploie ici le singulier (« regarde »), pour bien montrer que même l’individu peut être le véhicule par lequel la bénédiction divine se répand dans le monde entier.

"La bénédiction, si vous écoutez…" (ibid., 27)
Notre verset, indique le Or ha-‘Hayim, parle de deux bénédictions : celle qui nous est promise si nous « suivons » la voie voulue par Hachem, et celle que nous vaudra « l’écoute » de la Tora. Cette « audition » est en soi une bénédiction, comme le dit le prophète (Yecha’ya 55, 3) : « Ecoutez, et votre âme vivra… » Celui qui, attentif à la Tora, se délecte de sa saveur, se sait aussitôt redevable d’une dette de gratitude envers Celui qui lui en a fait don. Il va sans dire qu’il ne lui viendra même pas à l’idée de réclamer une récompense pour cette loyauté.
Moché nous informe ici que la bénédiction est accordée à celui qui ne fait qu’« écouter » la Tora, indépendamment de celle que lui vaut l’observance pratique des mitsvot.
L’âme de celui qui « écoute » la parole de Hachem en est amendée, car la Tora est un élixir de vie.

30/07/2010

Parashat Ekev

Ce sera, parce que (éqèv) vous aurez écouté. (7, 12)

Le mot hébreu éqèv, que nous avons traduit par « parce que », peut également signifier « talon ». Selon la Michna (Avoth 1, 4), fait remarquer le 'Hatham Sofèr, la connaissance de la Tora s'acquiert « en s'asseyant à la poussière des pieds [des Sages] et en buvant avidement leurs paroles ».

Ces deux attitudes sont interdépendantes : En « s'asseyant à la poussière des pieds » des talmidei 'hakhamim, on parvient à saisir leurs propos et la sagesse qui s'en dégage, laquelle est aussi bénéfique que l'eau à un homme assoiffé. Par le passé, ceux qui voulaient étudier la Tora circulaient souvent de ville en ville à la recherche d'un maître qui leur convînt, et qui fût apte à étancher leur soif. Notre verset recommande cette façon de faire, car il peut être interprété comme signifiant : « Wehaya 'éqèv ce sera, par le talon » c'est-à-dire par le mérite de tous vos déplacements et vos voyages à la recherche d'un maître «tichme'oun, vous écouterez » vous entendrez et comprendrez alors « ces lois-là ».


Ce sera, parce que vous aurez écouté. (7, 12)

La Tora et les mitswoth sont qualifiées de « plus précieuses que l'or » (Tehilim 19, 11), le texte ajoutant (verset suivant) : « ton serviteur y est aussi attentif, en observant celles grandement [foulées au] 'éqèv ('talon') ».
Le Midrach Tan'houma explique ce passage comme suit : David dit à Hachem : « Maître de l'univers ! Ne crois pas que j'observe Tes paroles simplement parce qu'elles sont plus précieuses que l'or ! Mais Ton serviteur y est attentif, et il observe même celles, parmi elles, qui sont simples ! » C'est pourquoi il est écrit (ibid. 31, 20) : « Comme il est considérable, le bien que Tu dissimules pour ceux qui Te craignent », à savoir l'immense récompense que Tu réserves à ceux qui, Te craignant, accomplissent dûment les commandements « faciles ».
L'homme pourrait être tenté de concentrer ses efforts sur les mitswoth les plus difficiles, explique le Sefath Emeth, en leur attribuant à tort plus d'importance qu'aux autres. Or, déclare ici le roi David, c'est pour avoir attaché un soin et une attention extrêmes à ces injonctions « faciles » que les gens ont tendance à piétiner de leurs talons, que « ton serviteur est aussi attentif "bahèm", à elles », à savoir aux mitswoth plus ardues et graves.
Le véritable homme de foi reconnaît qu'Il nous récompense pour toutes nos mitswoth, y compris pour celles pouvant être réalisées facilement et sans effort.
Moché a annoncé aux enfants d'Israël, explique dans le même sens Rachi, que la récompense promise par Hachem sera offerte « si vous écoutez les mitswoth faciles, que l'homme piétine avec ses 'talons' ».

Or, cela est difficile à comprendre : Pourquoi mériterions-nous toutes Ses bénédictions pour avoir accompli précisément les commandements « faciles » ?

Rabbeinou Yona (Cha'arei Techouva 3) cite la Guemara (Berakhoth 4b), selon laquelle celui qui transgresse les enseignements des Sages est passible de mort.
Cela tient, explique-t-il, à ce que les gens se permettent de violer ces préceptes au motif qu'ils sont moins importants que les commandements.

Il en va de même pour ce qu'on appelle des mitswoth faciles.

L'homme tend à les minimiser et à y contrevenir, et une fois qu'il les a enfreintes, il se justifie de manière ridicule, comme s'il voulait se convaincre qu'il peut en trouver d'autres, plus difficiles à observer, et donc plus « prometteuses ».

Or, au contraire, puisqu'elles sont « faciles » et couramment sous-estimées, notre libre arbitre à leur égard est plus considérable, ainsi que la récompense value par leur pratique zélée.


Ce sera, parce que vous aurez écouté ces lois (michpatim). (7, 12)

La Tora parle ici de "michpatim" de lois logiques, dont nous pouvons comprendre les motifs, fait remarquer le Choèl ou-Mèchiv, et non de 'houqim, de décrets divins que notre raison ne peut cerner, et dont l'observance pourrait donc sembler plus méritoire. Or, une autre dissemblance sépare ces deux catégories de commandements : Quoique la mise en pratique des « lois » soit plus facile, il est cependant malaisé de les observer sans arrière-pensées, exclusivement en tant qu'injonctions de Hachem, et ce précisément parce qu'elles s'imposent logiquement.

Quant aux 'houqim, notre entendement ne pouvant participer à leur observance, il est plus facile de les accomplir le-Chèm Chamayim, parce qu'Il nous les a imposés et à seule fin de répondre à Sa volonté. Tenant compte de cette différence, Hachem nous assure que si l'on pratique les michpatim avec une totale pureté d'intentions, Il nous en récompensera abondamment.

Ce sera, parce que vous aurez écouté ces lois Hachem, ton Dieu, te gardera l'alliance et la bonté qu'Il a jurées à tes pères. (7, 12)

La Tora établit ici un lien entre l'accomplissement de Ses commandements et Sa promesse à nos aïeux, fait remarquer le Chèm mi-Chemouèl, car les descendants de 'Essaw auraient pu faire valoir leur mérite ancestral, étant issus eux aussi, d'Avraham et de Yits'haq. Voilà pourquoi il est stipulé ici que cette promesse est conditionnée par le respect de Sa parole. Par l'observance des mitswoth, nous montrons que nous sommes vraiment les enfants de ceux auxquels Il a donné Sa parole. Ainsi, « Il 'te' gardera 'à toi seulement' l'alliance et la bonté »



Source : http://www.chiourim.com/paracha_article/sefer_devarim/%27eqev.html

26/07/2010

Parashat Vaeth'anan

A la mémoire de mon grand-père Moshé ben Avraham za"l


La foi d'Israël et la foi naturelle


Au début de la parasha, Moshé implore D'. de le laisser entrer en Terre d'Israël (Dvarim 3:23-27), en réponse il reçoit l'ordre Divin de monter sur la colline (lui permettant de contempler la Terre) et de renforce le leadership de Yehoshua (3:28-29). Il poursuit ensuite le récit des quarante années d’errances dans le désert qui viennent de s’écouler. Il rappelle les journées grandioses du Sinaï et le don de la Torah - il est toutefois à noter que le Décalogue y est indiqué légèrement différemment que dans parashat Yitro. Suivent le "Chéma", quelques commandements et avertissements.

Un des avertissements répété est celui de s'éloigner de l'idolâtrie.

Ainsi, il est écrit (Dvarim 4:15-20) :

"Veillez attentivement sur vos âmes, puisque vous n'avez vu aucune figure le jour où l'Éternel vous parla du milieu du feu, à Horeb, de peur que vous ne vous corrompiez et que vous ne vous fassiez une image taillée, une représentation de quelque idole, la figure d'un homme ou d'une femme,
la figure d'un animal qui soit sur la terre, la figure d'un oiseau qui vole dans les cieux,
la figure d'une bête qui rampe sur le sol, la figure d'un poisson qui vive dans les eaux au-dessous de la terre.
Veille sur ton âme, de peur que, levant tes yeux vers le ciel, et voyant le soleil, la lune et les étoiles, toute l'armée des cieux, tu ne sois entraîné à te prosterner en leur présence et à leur rendre un culte: ce sont des choses que l'Éternel, ton Dieu, a données en partage à tous les peuples qui sont sous le ciel.
Mais vous, l'Éternel vous a pris, et vous a fait sortir de la fournaise de fer de l'Égypte, afin que vous fussiez un peuple qui lui appartînt en propre, tels que vous l'êtes aujourd'hui."

Ces propos semblent de prime abord assez étranges.
En effet, ils relèvent plusieurs interrogations :
1. à qui s'adresse-t-on, à des fous? pourquoi un homme censé se prosternerait-il, surtout après avoir vécu la formation universelle du premier Peuple monothéiste, devant des animaux, les astres, etc. !?
2. pourquoi énumérer précisément ces dix éléments (homme, femme, animal terrestre, oiseau, bête rampante, ou aquatique, le soleil, la lune, les étoiles, le ciel entier (tzva hashamaim), alors que ceux-ci sont compris dans les mots "une représentation de quelque idole"?
3. que veut dire la Torah quand elle dit "ce sont des choses que l'Éternel, ton Dieu, a données en partage à tous les peuples qui sont sous le ciel"? Le service idolâtre est-il légitime à un non-Juif? Pourtant c'est un des sept commandements auxquels ils sont toutefois astreints!
4. quel lien y a-t-il entre la fin "vous, l'Eternel vous a pris, afin que vous fussiez [pour lui] un Peuple" et tout ce qui est indiqué au début du propos?

Essayons également de comprendre l'avis du Rama [Rabbi Moshé Isserless, sur Sh. Ar., O.H., fin du Siman 156] que les nations du monde ne sont pas obligées à "l'association" (shitouf). C'est-à-dire qu'il leur est permis de croire en D', tout en croyant en d'autres forces extra-naturelles. Alors que le Noda BeYehouda [Rav Yeh'ezkel Segal Landa(u), resp. (tanyana), Y.D., siman 144 - la réponse a néanmoins été rédigée par son fils, mais il semblerait avoir agréé] exprime le fait que le Rama se soit trompé dans la compréhension des rishonim. Il est cependant vrai que ses propos sont difficilement concevables au vu des nombreuses preuves et références que ramène le Noda BeYehouda (ibid.). Si l'idolâtrie est interdite en soi pour les non-juifs, comment la permettre en "association" avec la foi en D', cela semble bien contradictoire! Cela voudrait encore dire que les chrétiens ne sont pas idolâtres…

En bref [selon le livre "Rouah' H'en", parasha 15, du Rav Natan Herz Wessely].
En réalité, il faut comprendre les paroles du Rama, comme conception du monde. La base de cette conception est qu'il existe une différence notoire entre Israël et les Peuples du monde. Ceux-ci sont sous l'emprise des forces de la nature, et D' ne leur accomplit pas de miracles (cf. Kouzari IV, 3, p. 156), ils sont sous la hashgah'a (assurance Divine) générale, sans soucis pour les particuliers. Ils ont des anges particuliers qui s'occupent d'eux (cf. Ramban sur Vaykra 18:25 et autres, basés sur Pirkei deRabi Eliezer, chap. 27), aussi appelé par nos Sages - mazal.

Alors que nous sommes dirigés uniquement selon nos actes (cf. Bereshit Rabba 44, 14 et autres), c'est ainsi que le Rambam explique le propos de nos Sages qu'il n'y a pas de mazal à Israël (T.B. Shabat 156a), dans son cahier sur la résurrection (Iggeret Th'yiat HaMetim, p. 97-8, éd. Kapah').

Ainsi, on comprend de quoi parlent les versets cités précédemment: il ne faut pas donner trop d'importance aux forces de la nature, chacune à sa manière et à son endroit (la mer, le sol, le ciel, etc. et chacun avec ses animaux, ses forces, ses astres…), mais plutôt mettre notre foi en D' qui par Sa Volonté fixe le jour et la nuit, maître des toutes les forces de l'univers (cf. Sh.Ar. O.H. siman 5). C'est cela qui nous différencie des autres peuples et explique le lien entre les versets.
C'est là aussi l'intention du Rama, eux peuvent croire aux forces de la nature, car elles les dirigent, et ça ne fait pas partie de leur foi de manière intégrale, mais simplement c'est un constat de fait.

Puissions-nous avoir confiance en D' et mériter ainsi de voir Ses Miracles et la Rédemption pleine et entière.
Amen.

18/07/2010

על קמצא ובר קמצא

בט' באב אין לומדים תורה כרגיל כיוון ש"פיקודי ה' ישרים משמחי לב",
אך מותר ללמוד דברים העוסקים בעניינו של היום- החורבן ובתיקונו

מערך ללימוד עצמי לתשעה באב

מספרת הגמ' במסכת גיטין נה,ב (בתרגום מארמית):
"על קמצא ובר קמצא חרבה ירושלים.
היה אדם אחד שאהב את קמצא ושנא את בר קמצא. עשה סעודה. אמר לשמשו: לך והזמן לסעודה את קמצא, שאותו אני אוהב.
הלך השמש והביא בטעות את בר קמצא השנוא.
מצא בעל הבית את בר קמצא יושב ליד שולחנו. אמר לו: הרי אותו האיש שונא אותי. מה אתה עושה כאן?!
השיב בר קמצא: הואיל ובאתי הנח לי ואתן לך דמי האכילה והשתייה שלי.
אמר לו בעל הבית: לא! צא מכאן.
- אתן לך דמי חצי סעודתך.
- לא
- אתן לך דמי כל סעודתך.
- לא
נטלו בידו, העמידו והוציאו החוצה.
אמר בר קמצא: הואיל וישבו שם חכמים ולא מיחו בידו כנראה שנוח להם בזה. אלך ואלשין עליהם לפני המלך.
הלך ואמר לקיסר: מרדו בך היהודים.
אמר לו: מנין לי?
אמר לו: שלח להם קורבן ותראה שלא יקריבו אותו.
שלח בידיו עגל. כשבא להקריב הטיל בו מום בשפתיים ויש אומרים בעין, במקום שעבורנו זה נחשב למום, ואצל הגויים אינו נחשב למום.
חשבו רבנן להקריבו משום שלום מלכות, אמר להם רבי זכריה בן אבקולס "יאמרו בעלי מומין קרבין על המזבח".
חשבו להרוג את בר קמצא שלא ילך וילשין לקיסר. אמר להם רבי זכריה "יאמרו מטיל מום בקודשים ייהרג".
אמר רבי יוחנן: ענוותנותו של רבי זכריה בן אבקולס החריבה את ביתנו ושרפה את היכלנו והגליתנו מארצנו"

שאלות להתבוננות
א. "על קמצא ובר קמצא חרבה ירושלים" - איך ייתכן שבגלל מריבה מקומית בין שני אנשים יקרה אסון לאומי עם משמעות לדורות כמו חורבן המקדש?
ב. אפשר להבין במה מאשימים את בר קמצא. אבל במה חטא קמצא שבגללו חרבה ירושלים?! הרי הוא לא היה מעורב כלל בכל הסיפור, לא היה נוכח בסעודה ולא ידוע שהיה מסוכסך עם אף אחד (ואם תגידו – 'אין הכוונה שהוא אשם, אלא פשוט הסיפור כולו קרוי על שמם של האנשים שבגללם התחיל העניין'. אם כך, האם לא היה מתאים הרבה יותר לקרוא למעשה על שם שני אנשים אחרים – בר קמצא ובעל הבית – שני 'הגיבורים' העיקריים בסיפור, ולא להכניס גורמים צדדיים?).
- נקודה למחשבה – מעניין שלכל אורך הסיפור שמו של אחד משני ה'גיבורים' הללו נעלם לגמרי ולא מוזכר אפילו ברמז - בעל הבית עורך הסעודה! מה פשר הדבר? (ננסה להציע לכך תשובה בסוף).
ג. למה בר קמצא מגיע בכלל לסעודה אם הוא יודע שמדובר בשונא שלו? וכי מריבות של שנים נמחו ברגע?
ד. למה שתקו החכמים שישבו בסעודה ולא התערבו?
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אם היו שואלים אתכם מי האשמים במה שקרה שם בסעודה מן הסתם הייתם מציינים את בעל הבית על שבייש יהודי ברבים, את בר קמצא על ששכנע את הקיסר שהיהודים מרדו בו, ואולי גם את החכמים על שלא ניסו להתערב ולהרגיע את הרוחות. אך למעשה האחריות רחבה עוד יותר.
קודם כל, השַמָש . איך קורית לך טעות איומה שכזו? אתה הרי עובד קבוע אצל אותו אדם, מכיר בדיוק את האויבים והאוהבים שלו. תיזהר יותר! אתה חייב לדייק ולבצע את השליחות כמו שצריך (דרך אגב, האם התופעה של 'הקטנת ראש', 'אני עושה מה שאמרו לי/כתוב בתקנון ולא מעניין אותי שום דבר', מוכרת לכם מן החיים ממקומות נוספים?).
בר קמצא – למה הגיע לסעודה של אויבו הגדול? ניתן לשער שחשב שהשונא משכבר הימים מעוניין להשלים איתו.
בסדר גמור. אם כך, תיכנס, גש אליו, תגיד שלום, לחץ את ידו. תשלימו. הרי מריבה של עשרים שנה לא נמחית ברגע.
ומה קורה בפועל?
הוא מגיע אבל במקום לעשות מה שצריך על מה הוא מתנפל? על האוכל... וממילא כעבור חמש דקות כשבעל הבית משוטט לו בין האורחים את מי הוא מופתע לגלות בעיצומה של זלילה כשהסטייק נעוץ בין שיניו?...
בעל הבית – שמתם לב שהוא פונה אל בר קמצא בגוף שלישי? האם זה מרוב כבוד? מסתבר שלא. השנאה רבת השנים לא נעלמה לאף מקום. בסדר, אתה לא חייב לארח את מי שאתה לא רוצה, אבל אתה גם לא חייב להשפיל ולבייש בן אדם לפני אולם שלם (נסו להוכיח מתוך הסיפור עד כמה היציאה החוצה באמצע הסעודה הייתה דבר מבזה עבור בר קמצא).
החכמים היושבים בסעודה - מה עבר במוחם שמנע מהם להתערב? ניתן רק לשער. אולי חששו שההתערבות רק תלבה את הרוחות ותעצים את המריבה. אולי פחדו שבעל הבית יזרוק גם אותם. לא ברור. מכל מקום ייתכן שגם מהם היה מצופה לא לשבת בחיבוק ידיים אלא להתקרב, להרגיע ולנסות לפשר.
קמצא - ואם חשבתם שלפחות הוא יוצא נקי מהעניין, לא בטוח בכלל. אומנם הוא לא נוטל חלק פעיל בכל ההתרחשות, אבל אולי זו בדיוק הבעיה. נניח שהחבר הכי טוב שלך עושה אירוע של שמחה ולא קיבלת הזמנה. מה תעשה? תשאל אותו, תברר אולי הייתה תקלה בדואר. לא נעים לך? תבדוק דרך מישהו אחר.
אם אתה לא נמצא לצד חברך הטוב ברגע כל כך חשוב עבורו, האם זה לא מעיד משהו על החברות שלכם?...

ומכל מה שלמדנו עד כה עולה תשובה לתמיהה הגדולה שפתחנו בה.'על קמצא ובא קמצא חרבה ירושלים' .
אומר המהר"ל מפראג - לא ייתכן שדבר גדול כמו חורבן בית המקדש יתרחש בגלל מריבה קטנה בין שני אנשים.
חז"ל בדבריהם באו להצביע על מציאות כללית מקולקלת שהייתה קיימת בירושלים, שהיא זו שהביאה לחורבן.
במילותיהם המדוייקות הם הגדירו בקצרה ובחדות את הבעיה - "על קמצא ובר קמצא חרבה ירושלים" - בגלל התופעה השלילית שלכל אדם יש מין 'קמצא' ו'בר קמצא' משלו– שונא, אותו הוא מתעב ומוכן לעשות הכול כדי לפגוע בו ולהרע לו, ואוהב שאיתו הוא כורת ברית (ואולי גם זה – רק כדי להילחם יחד בשני...).
ייתכן אפילו שההבדל בין האוהב לשונא אינו גדול. שתי אותיות מבדילות ביניהם בסך הכול. אך זה לא מונע מהמחלוקת, הסכסוך והעוינות להרקיע לשחקים.
רק כדי להמחיש את המציאות בירושלים באותם הימים – חז"ל מספרים שבזמן המלחמה על ירושלים היה בתוכה את כל הדרוש כדי להחזיק מעמד אל מול האויב גם במצור ממושך. לשלושת עשירי העיר היו מחסני מזון וציוד ענקיים שהיו יכולים להספיק לעשרים ואחת שנה (!) של עמידה במצור. בזמן כה ממושך האויב כבר היה מתייאש מזמן והולך לו.
ומה קרה בפועל? הכול עלה באש!
המחסנים נשרפו בכוונה בניסיון להשפיע במריבות הפנימיות שהיו בירושלים בין הפלגים השונים. התוצאה - ירושלים נפלה במצור בגלל הרעב והחולשה.

ועוד הערה חשובה. כשיש תופעה של מריבות, סכסוכים ובריתות הגנה, גם האהבה עשויה להיות אינטרסנטית . מה שחז"ל קוראים - תלויה בדבר. כל מטרתה היא להתאחד יחד כנגד הצד האחר. כשזה כבר לא משתלם – גם היא לא תחזיק מעמד.
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בואו ונתבונן שוב בחלקו השני של הסיפור:
"הלך קמצא ואמר לקיסר: מרדו בך היהודים. אמר לו: מנין לי? אמר לו: שלח להם קורבן ותראה שלא יקריבו אותו.
שלח בידיו עגל. כשבא להקריב הטיל בו מום בשפתיים ויש אומרים בעין, במקום שעבורנו זה נחשב למום, ואצל הגויים אינו נחשב למום.
חשבו רבנן להקריבו משום שלום מלכות, אמר להם רבי זכריה בן אבקולס "יאמרו בעלי מומין קרבין על המזבח".
חשבו להרוג את בר קמצא שלא ילך וילשין לקיסר. אמר להם רבי זכריה "יאמרו מטיל מום בקודשים ייהרג".
אמר רבי יוחנן: ענוותנותו של רבי זכריה בן אבקולס החריבה את ביתנו ושרפה את היכלנו והגליתנו מארצנו"

שאלות להתבוננות
לעומת כל הדמויות האחרות בסיפור איך אתם מתרשמים מהתנהגותו של הקיסר?
האם אתם יכולים להציע משמעות סמלית להטלת המום דווקא בפיו או בעינו של הקורבן? (האם יש קשר בין זה לבין מה שקרה בסעודה?)
מדוע מאשים ר' יוחנן את ענוותנותו של ר' זכריה בן אבקולס? לא היה מתאים יותר לדבר על הססנותו או אולי עקשנותו? מה המובן של 'ענווה' בהקשר הזה?
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למרבה הפלא, מי ש'יוצא טוב' (הכול יחסי, כמובן) מכל הסיפור הזה הוא דווקא...הקיסר. כשהוא שומע את ההאשמה כנגד היהודים הוא לא מתעצבן, לא מתלהם אלא פשוט מבקש מברר את הדברים. אם אפשר ללמוד כאן ממישהו זה ממנו.

המום שהוטל בקורבן היה בפה או בעין, ואולי רמוז כאן באופן סמלי במה נפלו ונכשלו כל המעורבים בסיפור:
בחוש הדיבור - לא לדבר מה שלא צריך ולא לשתוק כשצריך לדבר.
ובחוש הראיה - כשאתה רואה דברים שצריך להתייחס אליהם לא להיות כאילו לא ראית
הגמרא גם מציינת שאלו דברים שאצל הגויים אינם נחשבים למום, אך אצל ישראל כן . ללמד אותנו שלנו יש רף רוחני אחר. מעם ישראל נדרשת רמה מוסרית גבוהה יותר משאר העמים. וכשישראל מתדרדר, מסתאב ויורד אף מתחת לעמים, גם החורבן שעלול לבוא עליו גדול יותר.
והגורם האחרון כאן בסיפור - ר' זכריה בן אבקולס שמואשם על ידי ר' יוחנן על 'ענוותנות' שאינה במקום.
מה הייתה הבעיה שלו?
במצב קריטי וגורלי לעתיד עם ישראל כמו שהיה אז נדרשה הכרעה אמיצה ומהירה.
כל מה שהוא עשה היה בדיוק ההפך מלהחליט. להטיל ספק, לפקפק, להעלות חששות וסיכונים, אך לא להציע שום דבר מעשי בתמורה . ייתכן שזה נבע מביטחון מופרז בה' במקום בו הייתה נדרשת דווקא השתדלות נמרצת מצד האדם, ייתכן שזה בא מענווה יתירה ( 'מי אנחנו שנקבל החלטות כבידות כאלו?!'). כך או כך, בסופו של דבר מה שהיה צריך להיעשות לא נעשה, והחורבן התרחש.
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קמצא ובר קמצא – אלפיים שנה אחרי
שאלנו בתחילת הדרך מדוע לכל אורך הסיפור לא מוזכר שמו של בעל הבית.
אין ספק שחז"ל לא 'השמיטו' אותו במקרה .
ייתכן חכמינו לא ציינו את שמו כדי לומר לנו ש האדם הזה פשוט יכול להיות כל אחד!
אני, אתה ואת.
הגמרא לא מתארת כאן סיפור פרה-היסטורי שנשלף ממרתפי המוזיאונים. מדובר במציאות שעלולה להיות אקטואלית עד כדי כאב, כאן ועכשיו. לא משהו שרק קרה, אלא שממשיך לקרות כל הזמן, ובגללו עדיין אין לנו בית מקדש אלפיים שנה אחרי. האם שנאת חינם זה דבר שעבר זמנו? האם אהבות ושנאות, סכסוכים ומניפולציות חלפו מן העולם? האם אוזנינו לא שומעות מדי יום מילים שלא צריכות להיאמר ופינו לא משגר חיצים שבשוגג (או במזיד) ננעצים בליבו של מישהו אחר? האם לא קורה שאנו שותקים ומעדיפים לעצום עיניים במקום בו צריך לקום ולעשות מעשה? שאנו מעדיפים 'לבטוח בה'' ולגלגל אחריות כלפי מעלה בזמן שתפקידנו להשתדל ולעשות מעשים? מצוי מאוד להיכשל בגאווה, אבל האם לא קורה גם שנכשלים בענווה שאינה במקומה?
ודבר אחרון - פתגם ידוע אומר: מספיק טיפש אחד בשביל לשרוף יער שלם . זה ודאי נכון. אך הגמרא שמספרת לנו על קמצא ובר קמצא מלמדת אותנו דבר חשוב נוסף- צריך עוד הרבה אנשים מסביב שיניחו לזה לקרות .

"כל דור שלא נבנה בית המקדש בימיו כאילו נחרב", אמרו חז"ל. אך אולי דווקא היום הזה, יום החורבן, עשוי להיות זמן של חשבון נפש והתחלה חדשה. קודם כל, כל אחד בעצמו ובמעגלים הקרובים אליו, וכולנו יחד במהלך כללי שיוביל את כולנו לחדש ימינו כקדם ולראות בבניין בית המקדש, במהרה בימינו. אמן.



כתב: יוני לביא, "חברים מקשיבים"
לתגובות: yony@makshivim.org.il
(תודה לשי מנלה, שחלק מהרעיונות כאן לקוחים ממנו)

* נערך על ידי הרב

16/07/2010

9 Av

Tich’a Beav – Le 9 Av

Le Jour des Lamentations

Ticha’a Beav est un jour « prédéstiné au châtiment ».

Ce déterminisme fatal n’en est pas vraiment un, il provient de nos fautes et à nous de le réparer.

Nos Sages, dans le Talmud nous ont enseigné plusieurs principes :

- Premièrement, le premier Temple a été détruit à cause de trois fautes : l’idolâtrie, l’inceste et le versement de sang [1] ; alors que le deuxième Temple le fut à cause de la haine gratuite (sinat h’inam)[2]

- Deuxièmement, tant que le Temple n’est pas reconstruit, c’est comme s’il venait d’être détruit [3].
Moralité : c’est à nous que la tâche incombe de réparer les ustensiles brisés, et des cendres faire renaître notre Maison - le Temple.

Le Rav Avraham Itzh’ak HaCohen Kook écrit : « si nous avons été détruits et le monde a été détruit avec nous [4], à cause de la haine gratuite, nous devons nous reconstruire et le monde se reconstruira avec nous grâce à l’amour gratuit [5] »[6]. A nous de réparer ce que nous avons détruit en changeant notre comportement, justement dans ces jours où l’on doit ajouter de la Kedousha, de la Sainteté.

Pour cela, nous devons d’abord comprendre ce qui s’est passé en ce jour.

Le Rambam (Maïmonide) dans son Mishné Torah reprend le Talmud [7] qui nous enseigne :
“Cinq événements tragiques se sont produits à Tich’a Beav :
1. Les Juifs, dans le désert, se virent refuser l’entrée en Terre Sainte [8]
2. Destruction du premier Temple [9]
3. Destruction du deuxième Temple [10]
4. Conquête de la forteresse de Bétar… Cette citadelle tomba aux mains des Romains et tous ses habitants furent exécutés ; ce fut une tragédie comparable à la destruction du Temple.[11]
5. Le mécréant Turnus-Rufus laboura l’aire du Temple et ses alentours, réalisant ainsi la parole du prophète (Jérémie 26,18) : «Sion sera labourée comme un champ»“

Rambam, Hilkhot Ta’anit 5, 3

Malheureusement, la liste n’est pas close, Tich’a Beav 1492 a été rude pour les Juifs espagnols qui de « l’âge d’or » passaient à un régime plus strict : le choix entre la conversion et l’émigration – ou la torture et les autodafés. Don Isaac Abrabanel raconte dans son commentaire sur la Torah, comment il est passé de ministre des Finances de la Péninsule Ibérique, considéré alors comme un roi, au statut de rejeté, abandonné, seul et dont la famille a été décimée. Il raconte son exil et son seder de Pessah’ seul sur le bord d’une plage…

Ça ne s’en termine malheureusement pas là, la 1ère Guerre Mondiale a commencé le jour de Tich’a Beav, et c’est elle, on peut le dire qui a engendré d’une certaine manière la Seconde Guerre Mondiale, la Shoah, l’Holocauste. Sans parler des nombreux pogrommes qui ont eu lieu ce même jour. A travers l’histoire entière du peuple Juif, le jour de Tich’a Beav n’a jamais été qu’un «mauvais jour» .

Toutefois, nous avons de l’espoir et celui-ci nous maintient en vie.
Le Talmud[12] nous raconte la fameuse histoire de Rabbi Akiva qui, en voyant un renard sur le Saint des Saints, riait, alors que ses confrères, docteurs de la Loi (Rabban Gamliel, Rabbi El’azar ben Azarya et Rabbi Yehoshoua), quant à eux, pleuraient.
Eux lui demandent, pourquoi ries-tu ? Il leur répond, pourquoi pleurez-vous ? Ils rétorquent : “ne vois-tu pas la profanation du Nom Divin, un renard[13] rentre dans le Kodesh HaKodashim (le Saint des Saints), alors qu’il est écrit (Bamidbar 1) « tout étranger s’approchant mourra » ! “

Akiva répond alors, c’est pour cela exactement que je ris ! En effet, le prophète Isaïe (chap. 8) ne précise-t-il pas qu’il a deux témoins de confiance Ouriah le Cohen et Zacharie fils de Yevarh’yaou ? Et quel lien y a-t-il entre ces deux hommes, l’un vécut à l’époque du premier Temple, alors que le second au temps du deuxième… ?
Seulement, le texte veut nous apprendre que la prophétie de l’un est liée à celle du second. Le premier dit « à cause de vous Sion comme un champ se laboure » (Micha, 3:12), alors que le second souligne (Zacharie, chap. 8) : « les vieux et les vieilles s’assoieront encore dans les rues de Jérusalem ».
J’ai craint, dit Rabbi Akiva, que ne s’applique pas la prophétie de Zacharie, mais maintenant que je vois la réalisation de celle d’Ouriah, je suis assuré que la seconde se réalisera en ces termes. Ils lui répondirent « tu nous as consolé Akiva, tu nous as consolé ».

On peut dire ainsi, de la même manière que la première partie de la prophétie de Jérémie s’est réalisée [14], ainsi la deuxième partie, c’est-à-dire le reconstruction du Temple (le 3ème), se réalisera [15] !

Toutefois, il est là un élément étonnant : Rabbi Akiva ne croyait-il pas en la prophétie avant qu’elle ne se réalise ?! Et si elle ne se réalisait, n’aurait-il cru ni à l’une, ni à l’autre ?

En fait, la vision de Rabbi Akiva est bien plus profonde que cela. Il pensait que ces deux prophéties n’étaient pas nécessairement liées l’une à l’autre, mais là, il voit au sein même de la destruction – la reconstruction, la résurrection. La fin d’une époque constitue le commencement d’une période, d’un processus, Rabbi Akiva le voit déjà. La destruction n’est pas un événement en soi, mais plutôt la marque d’un changement, d’un passage d’un processus d’exil à celui de la rédemption.

Le Midrash [16] raconte :
« le jour où sont rentrés les ennemis dans la ville et ont détruit le Temple, un homme, vivant au dehors de Jérusalem, labourait son champs. [Subitement] sa vache se jeta au sol, elle ne voulait plus labourer… Il entendit alors une voix : “que veux-tu de la vache ? Lâche-la, car elle pleure la destruction du Bayit (de la Maison) et du Mikdash (Lieu Saint) qui a été brûlé aujourd’hui“.
Entendant cela, l’homme déchira son vêtement, s’arracha ses cheveux, cria et mit de la cendre sur sa tête, il pleura et dit : “malheur à moi ! malheur à moi !“
Après deux ou trois heures, la vache se releva, puis se mit à danser, à se réjouir. L’homme s’étonna grandement. [Une fois encore,] il entendit une voix disant : laboure et travaille ton champs, car en cette même heure est né la mashiah’ (Messie)».

Le jour de la destruction est le jour même de la délivrance – fait plutôt remarquable !
Il nous appartient de signaler ici la signification de ce jour sombre moins comme le souvenir d’un événement historique spécifique, mais plus comme une vision globale transcendante d’un point de chute spirituelle.
Ce même point devient par la suite source d’une renaissance rédemptoire, peut-être salutaire. C’est d’une part, comme nous l’avons vu chez Rabbi Akiva, une vérité historique non-factuelle, mais plutôt essentielle, alors que d’autre part il s’agit bel et bien d’un acte spirituel qui agit le même jour – la naissance du messie se fait au moment de la destruction du Temple. Ce passage subit du deuil, non pas à la joie, comme cela aurait été espéré par le récit narratif du midrash, mais à la continuation de la vie, du travail constitue une préparation à ce repos espéré, à cette rédemption. Cela ne tombe pas du Ciel.

Les annonces viennent d’En-Haut, le travail, la réparation reste à accomplir ici-bas.


Puissions-nous réparer et mériter ainsi que voir la Délivrance, pleine et entière, que le 9 Av soit cette année un jour de joie pour tout le Peuple!
Amen.


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[1] Cf. Talmud Bavli, Yoma 9b ; il est à noter que dans Jérémie (9, 11-12), qu’on lit comme Haftara à Tich’a Beav, il est dit que la Terre a été « perdue » et s’est désertifiée parce que le peuple a abandonné la Torah de D’… et la Talmud de commenter (Nedarim 81a) “« l’abandon de la Torah » – parce qu’ils n’ont pas commencé par la bénir“ (shelo birkhu batorah tkhila). On voit donc l’importance capitale de la Torah qui fixe les limites d’Israël et la Halakha, indispensable comme l’eau, et ne pas la bénir, c’est porter atteinte à sa valeur, vouloir réformer la particularité d’Israël, comme corps, Terre et âme (cf. Rav Yaakov Ariel, MeOhalei Torah sur la Torah et les Fêtes, p. 341-2).

[2] Qui est pire que l’idolâtrie et qui est « comme tuer quelqu’un » (Kala Rabati 5,1), le Talmud Bavli (Yoma 9b) va encore plus loin : à l’époque du premier Temple, la Torah et les bonnes actions ont été plutôt « délaissées », alors que ce ne fut pas le cas lors du deuxième Temple, “pour nous enseigner, nous dit le Talmud, que la haine gratuite [malgré les bonnes actions et l’étude qu’il y avait au temps du deuxième Temple] a la même valeur que toute les fautes citées comme « causes» de la première destruction ! cf. aussi Otzar HaMidrashim, ch. 17, p. 80, éd. Eisenstein et Pitron Torah, paracha « Zot Thyieh », p. 45 : « deux choses ont détruit le Temple, la haine gratuite (sinat h’inam) et la médisance (lashon hara) et à cause de celles-ci, il n’est toujours pas reconstruit… ».

[3] cf. Talmud Yeroushalmi Yoma 38c, ch. 1, hal. 1

[4] Le monde a occidental a été influencé par le judaïsme (l’islam, le christianisme en sont notamment la preuve), toutefois c’était par un judaïsme en pleine crise à chaque fois et par des Juifs ayant quelques problèmes identitaires, par conséquent, au moment de la réparation, dit le Rav Kook, le monde devrait se réparer également, par son rapprochement dialectique envers la shkhina, la Présence Divine.

[5] J’ai vu au nom du Rav Neventzal shlit“a que l’amour « gratuit » ça n’existait pas, soit on a l’obligation d’aimer, soit on ne l’a pas, et on a l’obligation d’aimer le peuple d’Israël, pourtant, je pense qu’il ne parlait qu’au niveau de l’obligation et pas de ce qui était au-delà, l’ajout qui, lui, n’est pas nécessaire et dépend de la volonté, ainsi il est «gratuit », parce qu’on fait mieux que ce qu’ont doit faire.

[6] Orot Hakodesh 3, 324

[7] Talmud Bavli, Ta’anit 26b, 29a

[8] « Rabbi Yoh’anan dit que cet événement se produisit la veille du Neuf Av. Le Saint béni soit-Il prononça alors Sa sentence : “Vous avez pleuré pour rien ; J’instaurerai à cette date une journée de lamentations pour les générations“ » (Talmud Bavli, Ta’anit 28b).

[9] cf. la démonstration du Talmud Bavli (Ta’anit 29a) à partir des Ecritures.

[10] Le Talmud (ibid.) se demande alors comment connaître la date exacte, le jour, de la destruction du deuxième Temple (n.b. nous notons deuxième et non pas second qui sous-tend une finalité). Et celui-ci de répondre : « C’est que nous savons bien que les événements heureux sont réservés au jour de faveur et les jours de calamité au jour de culpabilité » (ibid.).

[11] cf. Talmud Yeroushalmi, Ta’anit 69a, chap. 4, hal. 5

[12] Talmud Bavli, Makot 24b

[13] Qui est un animal impur !

[14] Comme il est écrit : « al har tzion sheshamem shoualim yeleh’ou bo […], lama lanetzah’ tishkah’einou, ta’azveinou le’oreh’ yamim …» (“Pour le mont Sion qui s’étend, désolé ; les renards y rôdent […] pourquoi nous ignores-Tu pour toujours, nous abandonnes Tu si longtemps“)

[15] Comme il est dit : « ashivenou H’ eleih’a, venashouva ; h’adesh yameinou kekedem » (“Reviens vers nous D. et nous reviendrons vers toi ; renouvelle pour nous les jours d’autrefois“).

[16] Eikha Zouta, 1